Bidouille

Modder une Switch, ce n’est pas pirater : sur la confusion entre outil et usage

J’ai installé un firmware personnalisé sur ma Nintendo Switch, et la première réaction de mon entourage a été de me demander pourquoi je voulais « pirater des jeux ». La confusion est compréhensible : dans le langage courant, modder une console est devenu synonyme de télécharger des ROMs. Mais c’est un raccourci paresseux, qui passe à côté de ce que le modding représente vraiment pour quelqu’un qui aime comprendre comment marchent les machines.

Partons du début. Quand on achète une console, on achète un objet — pas une licence d’utilisation conditionnelle, pas un service auquel on souscrit. Un objet matériel, sur lequel on a, légalement comme techniquement, toute latitude pour intervenir. Modifier son firmware, installer un système alternatif, y exécuter son propre code : ça relève exactement de la même catégorie que changer le système d’exploitation de son ordinateur. Personne ne trouve étrange qu’on installe Linux sur un vieux laptop. Sur une console, c’est rigoureusement la même chose.

Reste l’objection qui revient toujours : « oui, mais les gens s’en servent pour jouer à des jeux piratés ». C’est vrai pour une partie d’entre eux. Cet usage est illégitime, et il faut le combattre pour ce qu’il est. Mais ce n’est pas un argument contre la modification elle-même. Un terminal Linux permet aussi de faire des choses parfaitement illégales, et personne ne propose de l’interdire pour autant. Confondre l’outil et l’usage qu’on en fait, c’est commode dans une discussion, mais ça ne tient pas debout. Modder une Switch, au fond, c’est l’équivalent contemporain d’ouvrir le capot de sa voiture : ça contrarie le constructeur, ça ne regarde pas le législateur.

Et puis il y a ce qu’on apprend en chemin, qui est la vraie raison pour laquelle je m’y suis mis. Modifier une console, ce n’est pas un téléchargement : il faut comprendre comment elle démarre, ses modes de récupération, le rôle des règles udev sur la machine hôte, la signature des firmwares, les protocoles de transfert. On manipule du matériel embarqué, on lit de la doc technique éparpillée, on diagnostique des erreurs sans message clair. Pour qui s’intéresse aux systèmes bas niveau, c’est un terrain d’apprentissage autrement plus riche que la plupart des tutos de dev qu’on trouve en ligne.

Au-delà de mon cas perso, c’est cette possibilité de bidouiller ses propres appareils qui maintient en vie toute une culture technique amateur. Les homebrews qui en sortent — émulateurs, lecteurs multimédias, jeux indépendants, outils de sauvegarde — forment un patrimoine que les fabricants ne produiront jamais. Et qui disparaîtra le jour où plus personne ne pourra ouvrir le capot. Modder sa Switch ne fait pas de soi un pirate ; ça fait juste de soi quelqu’un qui estime qu’un objet acheté lui appartient pour de bon. Ce qui, en 2026, est presque devenu un acte militant.